Sa lettre resta sans réponse. Il en écrivit une autre, deux autres: même silence.

Ce fut alors à Hadjine Elizundo qu'il s'adressa. Il la suppliait, au nom de leur amour, de lui répondre, dût-elle le faire par un refus de jamais le revoir!… Nulle réponse.

Il est probable que sa lettre ne parvint pas à la jeune fille. Henry d'Albaret, du moins, dut le croire. Il connaissait assez son caractère pour être sûr qu'elle lui aurait répondu.

Alors, le jeune officier, désespéré, chercha à voir Xaris. Il ne quitta plus la Strada Reale. Il rôda pendant des heures entières autour de la maison de banque. Ce fut inutile. Xaris, obéissant peut-être aux ordres du banquier, peut-être à la prière d'Hadjine, ne sortait plus.

Ainsi se passèrent en vaines démarches les journées du 24 et du 25 octobre. Au milieu d'angoisses inexprimables, Henry d'Albaret croyait avoir atteint l'extrême limite de la souffrance!

Il se trompait.

En effet, dans la journée du 26, une nouvelle se répandit, qui allait le frapper d'un coup plus terrible encore.

Non seulement son mariage avec Hadjine Elizondo était rompu — rupture qui était maintenant connue de toute la ville — mais Hadjine Elizundo allait se marier avec un autre! Henry d'Albaret fut anéanti en apprenant cette nouvelle. Un autre que lui serait le mari d'Hadjine!

«Je saurai quel est cet homme! s'écria-t-il. Celui-là, quel qu'il soit, je le connaîtrai!… J'arriverai jusqu'à lui!… Je lui parlerai… et il faudra bien qu'il me réponde!»

Le jeune officier ne devait pas tarder à apprendre quel était son rival. En effet, il le vit entrer dans la maison de banque; il le suivit lorsqu'il en sortit; il l'épia jusqu'au port, où l'attendait son canot au pied du môle; il le vit regagner la sacolève, mouillée à une demi-encablure au large.