—Je vous attendrai donc ici?...

—Non, Rotzko.

—Où irai-je alors?...

—A Werst... ou plutôt... non... pas à Werst... répondit Franz. Il est inutile que ces gens sachent... Descends au village de Vulkan, où tu resteras cette nuit... Si tu ne me revois pas demain, quitte Vulkan dès le matin... c'est-à-dire... non... attends encore quelques heures. Puis, pars pour Karlsburg... Là, tu préviendras le chef de la police... Tu lui raconteras tout... Enfin, reviens avec des agents... S'il le faut, que l'on donne l'assaut au burg!... Délivrez-la!... Ah! ciel de Dieu... elle... vivante... au pouvoir de Rodolphe de Gortz!...»

Et, tandis que ces phrases entrecoupées étaient jetées par le jeune comte, Rotzko voyait la surexcitation de son maître s'accroître et se manifester par les sentiments désordonnés d'un homme qui ne se possède plus.

Va... Rotzko! s'écria-t-il une dernière fois.—Vous le voulez?...

—je le veux!»

Devant cette formelle injonction, Rotzko n'avait plus qu'à obéir. D'ailleurs, Franz s'était éloigné, et, déjà l'ombre le dérobait aux regards du soldat.

Rotzko resta quelques instants à la même place, ne pouvant se décider à partir. Alors l'idée lui vint que les efforts de Franz seraient inutiles, qu'il ne parviendrait même pas à franchir l'enceinte, qu'il serait forcé de revenir au village de Vulkan... peut-être le lendemain... peut-être cette nuit... Tous deux iraient alors à Karlsburg, et ce que ni Franz ni le forestier n'avaient pu faire, on le ferait avec les agents de l'autorité... on aurait raison de ce Rodolphe de Gortz... on lui arracherait l'infortunée Stilla... on fouillerait ce burg des Carpathes... on n'en laisserait pas une pierre, au besoin... quand tous les diables de l'enfer seraient réunis pour le défendre!

Et Rotzko redescendit les pentes du plateau d'Orgall, afin de rejoindre la route du col de Vulkan.