—Bon!... je cherche du côté de la Sil hongroise! Oui... voilà le clocher de Livadzel... je le reconnais à sa croix qui est manchotte d'un bras... Et, au-delà, dans la vallée, entre les sapins, j'aperçois le clocher de Petroseny, avec son coq de fer-blanc, dont le bec est ouvert, comme s'il allait appeler ses poulettes!... Et là-bas, cette tour qui pointe au milieu des arbres... Ce doit être la tour de Petrilla... Mais, j'y pense, colporteur, attendez donc, puisque c'est toujours le même prix...
—Toujours, pasteur.»
Frik venait de se tourner vers le plateau d'Orgall; puis, du bout de la lunette, il suivait le rideau des forêts assombries sur les pentes du Plesa, et le champ de l'objectif encadra la lointaine silhouette du burg.
«Oui! s'écria-t-il, la quatrième branche est à terre... J'avais bien vu!... Et personne n'ira la ramasser pour en faire une belle flambaison de la Saint-Jean... Non, personne... pas même moi!... Ce serait risquer son corps et son âme... Mais ne vous mettez point en peine!... Il y a quelqu'un qui saura bien la fourrer, cette nuit, au milieu de son feu d'enfer... C'est le Chort!»
Le Chort, ainsi s'appelle le diable, quand il est évoqué dans les conversations du pays.
Peut-être le juif allait-il demander l'explication de ces paroles incompréhensibles pour qui n'était pas du village de Werst ou des environs, lorsque Frik s'écria, d'une voix où l'effroi se mêlait à la surprise:
«Qu'est-ce donc, cette brume qui s'échappe du donjon?... Est-ce une brume?... Non!... On dirait une fumée... Ce n'est pas possible!... Depuis des années et des années, les cheminées du burg ne fument plus! —Si vous voyez de la fumée là-bas, pasteur, c'est qu'il y a de la fumée.
—Non... colporteur, non! C'est le verre de votre machine qui se brouille.
—Essuyez-le.
—Et quand je l'essuierais?»