Erreur de ses sens troublés. Aucune voix ne se propageait à travers le silence de la nuit. L'inexplicable phénomène de la salle du Roi Mathias ne se reproduisait pas dans la maison de maître Koltz.
Le lendemain, à l'aube, la population de Werst était dehors. Depuis la terrasse jusqu'au détour du col, les uns remontaient, les autres redescendaient la grande rue,—ceux-ci pour demander des nouvelles, ceux-là pour en donner. On disait que le berger Frik venait de se porter en avant, à un bon mille du village, non point à travers les forêts du Plesa, mais en suivant leur lisière, et qu'il n'avait pas agi ainsi sans motif.
Il fallait l'attendre, et, afin de pouvoir communiquer plus promptement avec lui, maître Koltz, Miriota et Jonas se rendirent à l'extrémité du village.
Une demi-heure après, Frik était signalé à quelques centaines de pas, en haut de la route. Comme il ne paraissait pas hâter son allure, on en tira mauvais indice.
«Eh bien, Frik, que sais-tu?... Qu'as-tu appris?... lui demanda maître Koltz, dès que le berger l'eut rejoint.—Rien vu... rien appris! répondit Frik.—Rien! murmura la jeune fille, dont les yeux s'emplirent de larmes.
—Au lever du jour, reprit le berger, j'avais aperçu deux hommes à un mille d'ici. J'ai d'abord cru que c'était Nic Deck, accompagné du docteur... ce n'était pas lui!
—Sais-tu quels sont ces hommes? demanda Jonas.—Deux voyageurs étrangers qui venaient de traverser la frontière valaque.
—Tu leur as parlé?...
—Oui.
—Est-ce qu'ils descendent vers le village?