Ces deux voyageurs n'étaient autres que ceux rencontrés par le berger Frik, une dizaine de jours auparavant, sur la route du col, alors qu'ils se dirigeaient vers le Retyezat. Après avoir visité la contrée jusqu'aux limites du Maros, et avoir fait l'ascension de la montagne, ils venaient prendre un peu de repos au village de Werst, pour remonter ensuite la vallée des deux Sils.
«Vous avez des chambres à nous donner? demanda Franz de Télek.
—Deux... trois... quatre... autant qu'il plaira à monsieur le comte, répondit Jonas.
—Deux suffiront, dit Rotzko; il faut seulement qu'elles soient l'une près de l'autre.
—Celles-ci vous conviendront-elles? reprit Jonas, en ouvrant deux portes à l'extrémité de la grande salle.
—Très bien», répondit Franz de Télek.
On le voit, Jonas n'avait rien à craindre de ses nouveaux hôtes. Ce n'étaient point des êtres surnaturels, des esprits ayant revêtu l'apparence humaine. Non! ce gentilhomme se présentait comme un de ces personnages de distinction qu'un aubergiste est toujours très honoré de recevoir. Voilà une heureuse circonstance qui ramènerait la vogue au Roi Mathias.
—A quelle distance sommes-nous de Kolosvar? demanda le jeune comte.
—A une cinquantaine de milles, en suivant la route qui passe par Petroseny et Karlsburg, répondit Jonas.—Est-ce que l'étape est fatigante?
—Très fatigante pour des piétons, et, s'il m'est permis d'adresser cette observation à monsieur le comte, il parait avoir besoin d'un repos de quelques jours...—Pouvons-nous souper? demanda Franz de Télek en coupant court aux invites de l'aubergiste.