«—Il nous reste une ressource! dit-il. Nous pouvons couper les cordages qui retiennent la nacelle et nous accrocher au filet! Peut-être le ballon se relèvera-t-il. Tenons-nous prêts! Mais ... le baromètre descend! Nous remontons! Le vent fraîchit! Nous sommes sauvés!»

«Les voyageurs aperçoivent Calais! Leur joie tient du délire! Quelques instants plus tard, ils s'abattaient dans la forêt de Guines.»

«Je ne doute pas, ajouta l'inconnu, qu'en pareille circonstance, vous ne prissiez exemple sur le docteur Jefferies!»

Les nuages se déroulaient sous nos yeux en masses éblouissantes. Le ballon jetait de grandes ombres sur cet entassement de nuées et s'enveloppait comme d'une auréole. Le tonnerre mugissait au-dessous de la nacelle. Tout cela était effrayant!

«Descendons! m'écriai-je.

—Descendre, quand le soleil est là, qui nous attend! En bas les sacs!»

Et le ballon fut délesté de plus de cinquante livres!

À trois mille cinq cents mètres, nous demeurâmes stationnaires. L'inconnu parlait sans cesse. J'étais dans une prostration complète, tandis qu'il semblait, lui, vivre en son élément.

«Avec un bon vent, nous irions loin! s'écria-t-il. Dans les Antilles, il y a des courants d'air qui font cent lieues à l'heure! Lors du couronnement de Napoléon, Garnerin lança au ballon illuminé de verres de couleurs, à onze heures du soir. Le vent soufflait du nord-nord-ouest. Le lendemain au point du jour, les habitants de Rome saluaient son passage au-dessus du dôme de Saint-Pierre! Nous irons plus loin ... et plus haut!»

J'entendais à peine! Tout bourdonnait autour de moi! Une trouée se fit dans les nuages.