—Toutes, sans contredit, monsieur Cornbutte! Mais il n'est malheureusement que trop certain que ses deux matelots et lui ont été engloutis dans le gouffre du Maëlstrom.
—Vous plairait-il, André, de garder le commandement en second du navire?
—Cela dépendra du capitaine, monsieur Cornbutte.
—Le capitaine, ce sera moi, André, répondit le vieux marin. Je vais rapidement décharger mon navire, composer mon équipage et courir à la recherche de mon fils!
—Votre fils est mort! répondit André Vasling en insistant.
—C'est possible, André, répliqua vivement Jean Cornbutte, mais il est possible aussi qu'il se soit sauvé. Je veux fouiller tous les ports de la Norwége, où il a pu être poussé, et, quand j'aurai la certitude de ne plus jamais le revoir, alors, seulement, je reviendrai mourir ici!»
André Vasling, comprenant que cette décision était inébranlable, n'insista plus et se retira.
Jean Cornbutte instruisit aussitôt sa nièce de son projet, et il vit briller quelques lueurs d'espérance à travers ses larmes. Il n'était pas encore venu à l'esprit de la jeune fille que la mort de son fiancé put être problématique; mais à peine ce nouvel espoir fut-il jeté dans son coeur, qu'elle s'y abandonna sans réserve.
Le vieux marin décida que la Jeune-Hardie reprendrait aussitôt la mer. Ce brick, solidement construit, n'avait aucune avarie à réparer. Jean Cornbutte fit publier que s'il plaisait à ses matelots de s'y rembarquer, rien ne serait changé à la composition de l'équipage. Il remplacerait seulement son fils dans le commandement du navire.
Pas un des compagnons de Louis Cornbutte ne manqua à l'appel, et il y avait là de hardis marins, Alain Turquiette, le charpentier Fidèle Misonne, le Breton Penellan, qui remplaçait Pierre Nouquet comme timonier de la Jeune-Hardie, et puis Gradlin, Aupic, Gervique, matelots courageux et éprouvés.