En sortant du bureau du guide-chef, je rencontrai Édouard Ravanel, mon guide de la veille.
«Est-ce que monsieur va au mont Blanc? me dit-il.
—Oui, sans doute, répondis-je. Ne trouvez-vous pas le moment bien choisi?»
Il réfléchit quelques minutes, et d'un air un peu contraint:
«Monsieur, me dit-il, vous êtes mon voyageur; je vous ai accompagné hier au Brevent, je ne puis donc vous abandonner, et puisque vous allez là-haut, j'irai avec vous, si vous voulez bien accepter mes services. C'est votre droit, car pour toutes les courses dangereuses le voyageur peut choisir ses guides. Seulement, si vous acceptez mon offre, je vous demande de m'adjoindre mon frère, Ambroise Ravanel, et mon cousin, Gaspard Simon. Ce sont de jeunes et vigoureux gars; ils n'aiment pas plus que moi un semblable voyage, mais ils ne bouderont pas à l'ouvrage, et je vous réponds d'eux comme de moi-même.»
Ce garçon m'inspirait toute confiance. J'acceptai, et j'allai sans perdre de temps prévenir le guide-chef du choix que j'avais fait.
Mais, pendant ces pourparlers, M. Balmat avait commencé ses démarches près des guides en suivant leur tour de rôle. Un seul avait accepté, Édouard Simon. On attendait la réponse d'un autre, nommé Jean Carrier. Elle n'était pas douteuse, car cet homme avait déjà fait vingt-neuf fois l'ascension du mont Blanc. Je me trouvai donc fort embarrassé. Les guides que j'avais choisis étaient tous d'Argentière, commune située à six kilomètres de Chamonix. Aussi ceux de Chamonix accusaient-ils Ravanel de m'avoir influencé en faveur de sa famille, ce qui était contraire au règlement.
Pour couper court à la discussion, je pris pour troisième guide Édouard Simon, qui avait déjà fait ses préparatifs.
Il ne m'était pas utile si je montais seul, mais il devenait indispensable si mon ami m'accompagnait.
Ceci réglé, j'allai prévenir Donatien Levesque. Je le trouvai dormant du sommeil du juste qui a parcouru la veille quinze kilomètres dans la montagne. Le réveil offrit quelques difficultés; mais en lui retirant d'abord ses draps, puis ses oreillers et enfin ses matelas, j'obtins quelque résultat, et je parvins à lui faire comprendre que je me préparais au grand voyage.