Il y eut des querelles, des altercations quotidiennes dans les rues autrefois si désertes de Quiquendone, aujourd'hui si fréquentées, car personne ne pouvait plus rester chez soi.
Il fallut créer une police nouvelle pour contenir les perturbateurs de l'ordre public.
Un violon fut installé dans la maison commune, et il se peupla jour et nuit de récalcitrants. Le commissaire Passauf était sur les dents.
Un mariage fut conclu en moins de deux mois,—ce qui ne s'était jamais vu. Oui! le fils du percepteur Rupp épousa la fille de la belle Augustine de Rovere, et cela cinquante-sept jours seulement après avoir fait la demande de sa main!
D'autres mariages furent décidés qui, en d'autres temps, fussent restés à l'état de projet pendant des années entières. Le bourgmestre n'en revenait pas, et il sentait sa fille, la charmante Suzel, lui échapper des mains.
Quant à la chère Tatanémance, elle avait osé pressentir le commissaire Passauf, au sujet d'une union qui lui semblait réunir tous les éléments de bonheur, fortune, honorabilité, jeunesse!...
Enfin—pour comble d'abomination—un duel eut lieu! Oui, un duel au pistolet, aux pistolets d'arçons, à soixante-quinze pas, à balles libres! Et entre qui? Nos lecteurs ne voudront pas le croire.
Entre M. Frantz Niklausse, le doux pêcheur à la ligne, et le fils de l'opulent banquier, le jeune Simon Collaert.
Et la cause de ce duel, c'était la propre fille du bourgmestre, pour laquelle Simon se sentait féru d'amour, et qu'il ne voulait pas céder aux prétentions d'un audacieux rival!