«Le château d'Andernatt est habité par un damné, dit l'ermite, un damné qui ne salue pas la croix de mon ermitage!
—Mon père, n'y va pas!
—Je veux mon âme! mon âme est à moi....
—Retenez-le! retenez mon père!» s'écria Gérande.
Mais le vieillard avait franchi le seuil et s'était élancé à travers la nuit en criant:
«À moi! à moi, mon âme!...»
Gérande, Aubert et Scholastique se précipitèrent sur ses pas. Ils marchèrent par d'impraticables sentiers, sur lesquels maître Zacharius allait comme l'ouragan, poussé par une force irrésistible. La neige tourbillonnait autour d'eux et mêlait ses flocons blancs à l'écume des torrents débordés.
En passant devant la chapelle élevée en mémoire du massacre de la légion thébaine, Gérande, Aubert et Scholastique se signèrent précipitamment. Maître Zacharius ne se découvrit pas.
Enfin le village d'Évionnaz apparut au milieu de cette région inculte. Le coeur le plus endurci se fût ému à voir cette bourgade perdue au milieu de ces horribles solitudes. Le vieillard passa outre. Il se dirigea vers la gauche, et il s'enfonça au plus profond des gorges de ces Dents-du-Midi qui mordent le ciel de leurs pics aigus.
Bientôt une ruine, vieille et sombre comme les rocs de sa base, se dressa devant lui.