— Sans doute, répondit Mrs. Paulina Barnett, mais vous avez expliqué cet effet par la configuration bizarre des terres, le resserrement des détroits…
— J'ai tenté d'expliquer, et voilà tout! répondit le lieutenant Hobson, mais avant-hier, j'ai observé un phénomène encore plus invraisemblable, phénomène que je ne vous expliquerai pas, et je doute que de plus savants parvinssent à le faire.»
Mrs. Paulina Barnett regarda Jasper Hobson. «Que s'est-il donc passé? lui demanda-t-elle.
— Avant-hier, madame, c'était jour de pleine lune, et la marée, d'après l'annuaire, devait être très forte! Eh bien, la mer ne s'est pas même élevée d'un pied comme autrefois! Elle ne s'est pas élevée «du tout!»
— Vous avez pu vous tromper! fit observer Mrs. Paulina Barnett au lieutenant.
— Je ne me suis pas trompé. J'ai observé moi-même. Avant-hier, 4 juillet, la marée a été nulle, absolument nulle sur le littoral du cap Bathurst!
— Et vous en concluez, monsieur Hobson?… demanda Mrs. Paulina
Barnett.
— J'en conclus, madame, répondit le lieutenant, ou que les lois de la nature sont changées, ou… que ce pays est dans une situation particulière… Ou plutôt, je ne conclus pas… je n'explique pas… je ne comprends pas… et… je suis inquiet!»
Mrs. Paulina Barnett ne pressa pas davantage le lieutenant Hobson. Évidemment, cette absence totale de marée était inexplicable, extra-naturelle, comme le serait l'absence du soleil au méridien à l'heure de midi. À moins que le tremblement de terre n'eût tellement modifié la conformation du littoral et des terres arctiques… Mais cette hypothèse ne pouvait satisfaire un sérieux observateur des phénomènes terrestres.
Quant à penser que le lieutenant se fût trompé dans son observation, ce n'était pas admissible, et ce jour-là même — 6 juillet — Mrs. Paulina Barnett et lui constatèrent, au moyen de repères marqués sur le littoral, que la marée, qui, il y a un an, se déplaçait au moins d'un pied en hauteur, était maintenant nulle, tout à fait nulle!