Le sergent Long, après avoir salué militairement, se retira.

Quelques instants plus tard, Jasper Hobson, s'entretenant avec Mrs. Paulina Barnett, lui faisait connaître son projet d'exploration. Comme il s'y attendait, la courageuse femme insista pour l'accompagner, voulant braver avec lui la fureur de la tempête. Le lieutenant ne chercha point à l'en dissuader en lui parlant des dangers d'une expédition entreprise dans des conditions semblables, mais il se contenta de dire qu'en son absence, la présence de Mrs. Paulina Barnett était indispensable au fort, et qu'il dépendait d'elle, en restant, de lui laisser quelque tranquillité d'esprit. Si un malheur arrivait, il serait au moins assuré que sa vaillante compagne était là pour le remplacer auprès de ses compagnons.

Mrs. Paulina Barnett comprit et n'insista plus. Toutefois, elle supplia Jasper Hobson de ne pas s'aventurer au-delà de toute raison, lui rappelant qu'il était le chef de la factorerie, que sa vie ne lui appartenait pas, qu'elle était nécessaire au salut de tous. Le lieutenant promit d'être aussi prudent que la situation le comportait, mais il fallait que cette observation de la portion méridionale de l'île fût faite sans retard, et il la ferait. Le lendemain, Mrs. Paulina Barnett se bornerait à dire à ses compagnons que le lieutenant et le sergent étaient partis dans l'intention d'opérer une dernière reconnaissance avant l'arrivée de l'hiver.

VII.

Un feu et un cri.

Le lieutenant et le sergent Long passèrent la soirée dans la grande salle du Fort-Espérance jusqu'à l'heure du coucher. Tous étaient rassemblés dans cette salle, à l'exception de l'astronome, qui restait, pour ainsi dire, continuellement et hermétiquement calfeutré dans sa cabine. Les hommes s'occupaient diversement, les uns nettoyant leurs armes, les autres réparant ou affûtant leurs outils. Mrs. Mac Nap, Raë et Joliffe travaillaient à l'aiguille avec la bonne Madge, pendant que Mrs. Paulina Barnett faisait la lecture à haute voix. Cette lecture était fréquemment interrompue, non seulement par le choc de la rafale, qui frappait comme un bélier les murailles de la maison, mais aussi par les cris du bébé. Le caporal Joliffe, chargé de l'amuser, avait fort à faire. Ses genoux, changés en chevaux fougueux, n'y pouvaient suffire et étaient déjà fourbus. Il fallut que le caporal se décidât à déposer son infatigable cavalier sur la grande table, et, là, l'enfant se roula à sa guise jusqu'au moment où le sommeil vint calmer son agitation.

À huit heures, suivant la coutume, la prière fut dite en commun, les lampes furent éteintes, et bientôt chacun eut regagné sa couche habituelle. Dès que tous furent endormis, le lieutenant Hobson et le sergent Long traversèrent sans bruit la grande salle déserte, et gagnèrent le couloir. Là, ils trouvèrent Mrs. Paulina Barnett, qui voulait leur serrer une dernière fois la main.

«À demain, dit-elle au lieutenant.

— À demain, madame, répondit Jasper Hobson… oui… à demain… sans faute…

— Mais si vous tardez?…