Cependant, il fallait tout tenter pour quitter le Fort-Espérance. Dans les conditions où l'on se trouvait, trois mois suffiraient à peine, peut-être, pour atteindre le continent le plus proche. Or, on ne pouvait exposer l'expédition, une fois aventurée sur le champ de glace, à être prise par la débâcle avant d'avoir gagné la terre ferme. Il était donc nécessaire de partir dès la fin de novembre, — si l'on devait partir.
Or, sur la question de départ, il n'y avait pas de doute. Mais si, par un hiver rigoureux, qui aurait bien cimenté toutes les parties de l'icefield, le voyage eût été déjà difficile, avec cette saison indécise, il devenait chose grave.
Le 13 novembre, Jasper Hobson, Mrs. Paulina Barnett et le sergent Long se réunirent pour fixer le jour du départ. L'opinion du sergent était qu'il fallait quitter l'île au plus tôt.
«Car, disait-il, nous devons compter avec tous les retards possibles pendant une traversée de six cents milles. Or, il faut qu'avant le mois de mars, nous ayons mis le pied sur le continent, ou nous risquerons, la débâcle s'opérant, de nous retrouver dans une situation plus mauvaise encore que sur notre île.
— Mais, répondit Mrs. Paulina Barnett, la mer est-elle assez uniformément prise pour nous livrer passage?
— Oui, répliqua le sergent Long, et chaque jour la glace tend à s'épaissir. De plus, le baromètre remonte peu à peu. C'est un indice d'abaissement dans la température. Or, d'ici le moment où nos préparatifs seront achevés — et il faut bien une semaine, je pense, — j'espère que le temps se sera mis décidément au froid.
— N'importe! dit le lieutenant Hobson, l'hiver s'annonce mal, et, véritablement, tout se met contre nous! On a vu quelquefois d'étranges saisons dans ces mers, et des baleiniers ont pu naviguer là où, même pendant l'été, ils n'eussent pas trouvé, en d'autres années, un pouce d'eau sous leur quille. Quoi qu'il en soit, je conviens qu'il n'y a pas un jour à perdre. Je regrette seulement que la température habituelle à ces cimats ne nous soit pas venue en aide.
— Elle viendra, dit Mrs. Paulina Barnett. En tout cas, il faut être prêt à profiter des circonstances. À quelle époque extrême penseriez-vous fixer le départ, monsieur Jasper?
— À la fin de novembre, comme terme le plus reculé, répondit le lieutenant Hobson, mais si, dans huit jours, vers le 20 de ce mois, nos préparatifs étaient achevés et que le passage fût praticable, je regarderais cette circonstance comme très heureuse, et nous partirions.
— Bien, dit le sergent Long. Nous devons donc nous préparer sans perdre un instant.