À sept heures et demie, le glaçon s'était sensiblement rapproché de la côte. Mais il fondait à vue d'oeil, il s'enfonçait aussi, l'eau l'ameurait, les lames le balayaient et emportaient peu à peu les animaux affolés de terreur. À chaque instant, on devait craindre que le glaçon ne s'abîmât sous les flots. Il fallut l'alléger comme un navire qui coule. Puis on étendit avec soin le peu de terre et de sable qui restait sur la surface glacée, vers ses bords surtout, de manière à les préserver de l'action directe des rayons solaires! On y plaça aussi des fourrures, qui, de leur nature, conduisent mal la chaleur. Enfin, ces hommes énergiques employèrent tous les moyens imaginables pour retarder la catastrophe suprême. Mais tout cela était insuffisant. Des craquements couraient à l'intérieur du glaçon, et des fentes se dessinaient à sa surface. Quelques-uns pagayaient avec des planches. Mais déjà l'eau se faisait jour à travers, et la côte était encore à quatre milles au vent!

«Allons! un signal, mes amis, s'écria le lieutenant Hobson, soutenu par une énergie héroïque. Peut-être nous verra-t-on!»

De tout ce qui restait d'objets combustibles, deux ou trois planches, une poutrelle, on fit un bûcher et on y mit le feu. Une grande flamme monta au dessus de la fragile épave!

Mais le glaçon fondait de plus en plus, et, en même temps, il s'enfonçait. Bientôt, il n'y eut plus que le monticule de terre qui émergeât! Là, tous s'étaient réfugiés, en proie aux angoisses de l'épouvante, et, avec eux, ceux des animaux, en bien petit nombre, que la mer n'avait pas encore dévorés! L'ours poussait des rugissements formidables.

L'eau montait toujours. Rien ne prouvait que les naufragés eussent été aperçus. Certainement, un quart d'heure ne se passerait pas avant qu'ils fussent engloutis…

N'y avait-il donc pas un moyen de prolonger la durée de ce glaçon?
Trois heures seulement, trois heures encore, et on atteindrait
peut-être cette terre qui n'était pas à trois milles sous le vent!
Mais que faire? que faire?

«Ah! s'écria Jasper Hobson, un moyen, un seul pour empêcher ce glaçon de se dissoudre. Je donnerais ma vie pour le trouver! Oui! ma vie!»

En ce moment, quelqu'un dit d'une voix brève:

«Il y en a un!»

C'était Thomas Black qui parlait! C'était l'astronome qui, depuis si longtemps, n'avait plus ouvert la bouche, pour ainsi dire, et qui ne semblait plus compter comme un vivant parmi tous ces êtres voués à la mort! Et la première parole qu'il prononçait, c'était pour dire: «Oui, il y a un moyen d'empêcher ce glaçon de se dissoudre! Il y a encore un moyen de nous sauver!»