Le front du lieutenant se rida. Jasper Hobson savait bien que, dans un avenir peu éloigné, la Compagnie de la baie d'Hudson rencontrerait de redoutables rivaux jusqu'au littoral, que ses prétentions à posséder tous les territoires du North-Amérique ne seraient pas respectées, et qu'un échange de coups de fusil se ferait entre les concurrents. Mais il comprit aussi, lui, que ce n'était point le moment de discuter une question de privilèges, et il vit sans déplaisir que le chasseur, très poli d'ailleurs, transportait le débat sur un autre terrain.
«Quant à l'affaire qui nous divise, dit le voyageur canadien, elle est de médiocre importance, monsieur, et je pense que nous devons la trancher en chasseurs. Votre fusil et le mien ont un calibre différent, et nos balles seront aisément reconnaissables. Que ce renard appartienne donc à celui de nous deux qui l'aura véritablement tué!»
La proposition était juste. La question de propriété touchant l'animal abattu pouvait être ainsi résolue avec certitude.
Le cadavre du renard fut examiné. Il avait reçu les deux balles des deux chasseurs, l'une au flanc, l'autre au coeur. Cette dernière était la balle du Canadien.
«Cet animal est à vous, monsieur», dit Jasper Hobson, dissimulant mal son dépit de voir cette magnifique dépouille passer à des mains étrangères.
Le voyageur prit le renard, et, au moment où l'on pouvait croire qu'il allait le charger sur son épaule et l'emporter, s'avançant vers Mrs. Paulina Barnett:
«Les dames aiment les belles fourrures, lui dit-il. Peut-être, si elles savaient au prix de quelles fatigues et souvent de quels dangers on les obtient, peut-être en seraient-elles moins friandes. Mais enfin elles les aiment. Permettez-moi donc, madame, de vous offrir celle-ci en souvenir de notre rencontre.»
Mrs. Paulina Barnett hésitait à accepter, mais le chasseur canadien avait offert cette magnifique fourrure avec tant de grâce et de si bon coeur, qu'un refus eût été blessant pour lui.
La voyageuse accepta et remercia l'étranger.
Aussitôt celui-ci s'inclina devant Mrs. Paulina Barnett; puis il salua les Anglais, et, ses compagnons le suivant, il disparut bientôt entre les roches du littoral.