Il était huit heures du matin. Des constellations d'une admirable pureté resplendissaient depuis le zénith, où brillait la polaire, jusqu'aux dernières limites de l'horizon. L'oeil eût cru les compter par millions, bien que le nombre des étoiles visibles à l'oeil nu ne dépasse pas cinq mille sur toute la sphère céleste. Thomas Black s'échappait en interjections admiratives. Il applaudissait ce firmament tout constellé, que pas une vapeur, pas une brume ne voilait. Jamais plus beau ciel ne s'était offert aux regards d'un astronome!

Pendant que Thomas Black s'extasiait, indifférent aux choses de la terre, ses compagnons se portaient jusqu'à la limite de l'enceinte fortifiée. La couche de neige avait la dureté du roc, mais elle était fort glissante, et il y eut quelques chutes sans conséquences.

Il va sans dire que la cour était entièrement comblée. Le toit seul de la maison excédait la masse blanche qui présentait une horizontalité parfaite, car le vent avait promené son rude niveau à sa surface. De la palissade, il ne restait que le sommet des pieux, et dans cet état, elle n'eut pas arrêté le moins souple des rongeurs! Mais qu'y faire? On en pouvait songer à déblayer dix pieds de neige durcie sur un si large espace. Tout au plus essaierait-on de dégager la partie antérieure de l'enceinte, de manière à former un fossé dont la contrescarpe protégerait encore la palissade. Mais l'hiver ne faisait que commencer, et on devait craindre qu'une nouvelle tempête ne comblât ce fossé en quelques heures.

Pendant que le lieutenant examinait les ouvrages qui ne pouvaient plus défendre la maison principale, tant qu'un rayon de soleil n'aurait pas fondu cette croûte neigeuse, Mrs. Joliffe s'écria:

«Et nos chiens! et nos rennes!»

Et, en effet, il fallait se préoccuper de l'état de ces animaux. La «dog-house» et l'étable, moins élevées que la maison, devaient être entièrement ensevelies, et il était possible que l'air y eût manqué. On se précipita donc, qui vers le chenil, qui vers l'étable des rennes, mais toute crainte fut immédiatement dissipée. La muraille de glace qui reliait l'angle nord de la maison à la falaise avait protégé en partie les deux constructions, autour desquelles la hauteur de la couche de neige ne dépassait pas quatre pieds. Les «jours» ménagés dans les parois n'étaient donc point obstrués. On trouva les animaux en bonne santé, et la porte ayant été ouverte, les chiens s'échappèrent en jetant de longs aboiements de satisfaction.

Cependant, le froid commençait à piquer vivement, et après une promenade d'une heure, chacun songea au poêle bienfaisant qui ronflait dans la grande salle. Il n'y avait rien à faire au-dehors en ce moment. Les trappes, enfouies sous dix pieds de neige, ne pouvaient être visitées. On rentra donc. La fenêtre fut fermée, et chacun prit sa place à table, car l'heure du dîner était arrivée.

On pense bien que, dans la conversation, il fut question de ce froid subit, qui avait si rapidement solidifié l'épaisse couche des neiges. C'était une circonstance regrettable, qui compromettait, jusqu'à un certain point, la sécurité du fort.

«Mais, monsieur Hobson, demanda Mrs. Paulina Barnett, ne pouvons- nous compter sur quelques jours de dégel qui réduiront en eau toute cette glace?

— Non, madame, répondit le lieutenant, un dégel à cette époque de l'année n'est pas probable. Je crois plutôt que l'intensité du froid s'accroîtra encore, et il est fâcheux que nous n'ayons pu enlever cette neige, quand elle était molle.