Le parasélène ou halo-lunaire formait sur le ciel un cercle blanc, bordé d'une teinte rouge pâle autour de la lune. Cet exergue lumineux, dû à la réfraction des rayons lunaires à travers les petits cristaux prismatiques de glace, qui flottaient dans l'atmosphère, présentait un diamètre de quarante-cinq degrés environ. L'astre des nuits brillait du plus vif éclat au centre de cette couronne, semblable à ces bandes laiteuses et diaphanes des arcs-en-ciel lunaires.
Quinze heures après, une magnifique aurore boréale, décrivant un arc de plus de cent degrés géographiques, se déploya au-dessus de l'horizon du nord. Le sommet de l'arc se trouvait placé sensiblement dans le méridien magnétique, et, par une bizarrerie quelquefois observée, le météore était paré de toutes les couleurs du prisme, entre lesquelles le rouge s'accusait plus nettement. En de certains endroits du ciel, les constellations semblaient être noyées dans le sang. De cette agglomération brumeuse disposée à l'horizon et qui formait le noyau du météore, s'irradiaient des effluves ardentes, dont quelques-unes dépassaient le zénith et faisaient pâlir la lumière de la lune submergée dans ces ondes électriques. Ces rayons tremblotaient comme si quelque courant d'air eût agité leurs molécules. Aucune description ne saurait rendre la sublime magnificence de cette «gloire», qui rayonnait dans toute sa splendeur au pôle boréal du monde. Puis, après une demi-heure d'un incomparable éclat, sans qu'il se fût resserré ni concentré, sans un amoindrissement même partiel de sa lumière, le splendide météore s'éteignit soudain, comme si quelque invisible main eût subitement tari les sources électriques qui le vivifiaient.
Il n'était que temps pour Thomas Black. Cinq minutes encore, et l'astronome eût été gelé sur place!
XIX.
Une visite de voisinage.
Le 2 décembre, l'intensité du froid avait diminué. Ces phénomènes de parasélènes étaient un symptôme auquel un météorologiste n'aurait pu se méprendre. Ils constataient la présence d'une certaine quantité de vapeur d'eau dans l'atmosphère, et, en effet, le baromètre baissa légèrement, en même temps que la colonne thermométrique se relevait à quinze degrés au dessus de zéro (- 90 centigr.).
Bien que ce froid eût encore paru rigoureux en toute région de la zone tempérée, des hiverneurs de profession le supportaient aisément. D'ailleurs, l'atmosphère était calme. Le lieutenant Hobson, ayant observé que les couches supérieures de neige glacée s'étaient ramollies, ordonna de déblayer les abords extérieurs de l'enceinte. Mac Nap et ses hommes entreprirent cette besogne avec courage, et en quelques jours elle fut menée à bonne fin. En même temps, on mit à découvert les trappes enfouies, et elles furent tendues de nouveau. De nombreuses empreintes prouvaient que le gibier à fourrure se massait aux environs du cap, et, la terre lui refusant toute nourriture, il devait aisément se laisser prendre à l'amorce des pièges.
D'après les conseils du chasseur Marbre, on construisit aussi un traquenard à rennes, suivant la méthode des Esquimaux. C'était une fosse large en tous sens d'une dizaine de pieds et creuse d'une douzaine. Une planche formant bascule, et pouvant se relever par son propre poids, la recouvrait de manière à la dissimuler entièrement. L'animal, attiré par les herbes et branches déposées à l'extrémité de la planche, était inévitablement précipité dans la fosse, dont il ne pouvait plus sortir. On comprend que, par ce système de bascule, le traquenard se retendait automatiquement, et qu'un renne pris, d'autres pouvaient s'y prendre à leur tour. Marbre n'éprouva d'autre difficulté, en établissant son traquenard, qu'à percer un sol très dur; mais il fut assez surpris — et Jasper Hobson ne le fut pas moins — quand la pioche, après avoir traversé quatre à cinq pieds de terre et de sable, rencontra en dessous une couche de neige, dure comme du roc, et qui paraissait être très épaisse.
«Il faut, dit le lieutenant Hobson, après avoir observé cette disposition géologique, il faut que cette partie du littoral ait été soumise, il y a bien des années, à un froid excessif et pendant un laps de temps très long; puis, les sables, la terre, auront peu à peu recouvert la masse glacée, vraisemblablement étendue sur un lit de granit.
— En effet, mon lieutenant, répondit le chasseur, mais cela ne rendra pas notre traquenard plus mauvais. Au contraire même, les rennes, une fois emprisonnés, trouveront une paroi glissante sur laquelle ils n'auront aucune prise."