—Je l'ai vu.
—Hum!.. murmura Karl Dragoch, qui ajouta: C'est bon. Remonte te coucher maintenant, mon brave, et tiens ta langue.»
L'aubergiste ne se le fit pas dire deux fois. La porte se referma, et l'escouade de police demeura seule sur la route.
«Un instant!» commanda Karl Dragoch à ses hommes qui restèrent immobiles, tandis que lui-même, muni d'un fanal, examinait minutieusement le sol.
D'abord, il ne remarqua rien de suspect, mais il n'en fut pas ainsi quand, ayant traversé la route, il en eut atteint le bas côté. En cet endroit, la terre moins foulée par le passage des véhicules, et, d'ailleurs, moins solidement empierrée, avait conservé plus de plasticité. Du premier regard, Karl Dragoch découvrit l'empreinte d'un sabot auquel un clou manquait, et constata que le cheval, propriétaire de cette ferrure incomplète, se dirigeait non pas vers Saint-André, ni vers Gran, mais directement vers le fleuve, par le chemin du Nord. C'est donc par ce chemin que Dragoch s'avança à son tour à la tête de ses hommes.
Trois kilomètres environ avaient été franchis sans incident à travers un pays complètement désert, quand, sur la gauche de la route, le hennissement d'un cheval retentit. Retenant ses hommes du geste, Karl Dragoch s'avança jusqu'à la lisière d'un petit bois qu'on distinguait confusément dans l'ombre.
«Qui est là?..» héla-t-il d'une voix forte.
Nulle réponse n'étant faite à sa question, un des agents, sur son ordre, alluma une torche de résine. Sa flamme fuligineuse brilla d'un vif éclat dans cette nuit sans lune, mais sa lumière mourait à quelques pas, impuissante à percer l'obscurité rendue plus épaisse encore par le feuillage des arbres.
«En avant!» commanda Dragoch, en pénétrant dans le fourré à la tête de l'escouade.
Mais le fourré avait des défenseurs. A peine en avait-on dépassé la lisière, qu'une voix impérieuse prononça: