—Souhaitons, s'écria un Croate, du nom peu facile à prononcer de Svrb, propriétaire d'une teinturerie dans un des faubourgs de Vienne, qu'il réussisse à assainir les rives du fleuve. La vie n'y était plus tolérable, en vérité!

—Karl Dragoch a affaire à forte partie, dit l'Allemand Weber, en hochant la tête. Il faudra le voir à l'oeuvre.

—A l'oeuvre!... s'écria M. Ivetozar. Il y est déjà, n'en doutez pas.

—Certes! approuva M. Miclesco. Karl Dragoch n'est pas d'un caractère à perdre son temps. Si sa nomination remonte à quatre jours, comme le disent les journaux, il y en a au moins trois qu'il est en campagne.

—Par quel bout va-t-il commencer? demanda M. Piscéa, un Roumain au nom prédestiné pour un pêcheur à la ligne. Je serais bien embarrassé, je l'avoue, si j'étais à sa place.

—C'est précisément pour ça qu'on ne vous y a pas mis, mon cher, répliqua plaisamment un Serbe. Soyez sûr que Dragoch n'est pas embarrassé, lui. Quant à vous dire son plan, c'est autre chose. Peut-être s'est-il dirigé sur Belgrade, peut-être est-il resté à Budapest... A moins qu'il n'ait préféré venir précisément ici, à Sigmaringen, et qu'il ne soit en ce moment parmi nous au Rendez-vous des Pêcheurs!

Cette supposition obtint un grand succès d'hilarité.

—Parmi nous!... se récria M. Weber. Vous nous la baillez belle, Michael Michaelovitch. Que viendrait-il faire ici, où, de mémoire d'homme, on n'a jamais eu à déplorer le moindre crime?

—Eh! riposta Michael Michaelovitch, ne serait-ce que pour assister après-demain au départ d'Ilia Brusch. Ça l'intéresse peut-être, cet homme.... A moins, toutefois, qu'Ilia Brusch et Karl Dragoch ne fassent qu'un.

—Comment, ne fassent qu'un! S'écria-t-on de toutes parts. Qu'entendez-vous par là?