Vers trois heures de l'après-midi, le chaland s'engagea entre les quais de la capitale de la Hongrie. A droite, c'était Buda, l'ancienne ville turque; à gauche, Pest, la ville moderne. A cette époque, Buda était, plus qu'elle ne l'est restée de nos jours, une de ces vieilles et pittoresques cités que le progrès égalitaire tend à faire disparaître. Par contre, Pest, si son importance était déjà considérable, n'avait pas encore atteint le prodigieux développement qui a fait d'elle la plus importante et la plus belle métropole de l'Europe orientale.

Sur les deux rives, et notamment sur la rive gauche, se succédaient les maisons à arcades et à terrasses, que dominaient les clochers des églises dorés par les rayons du soleil, et la longue enfilade des quais ne manquait ni de noblesse ni de grandeur.

Le personnel du chaland n'accordait pas son attention à ce spectacle enchanteur. La traversée de Budapest pouvant ménager de désagréables surprises à des gens si sujets à caution, l'équipage n'avait d'yeux que pour le fleuve où se croisaient de nombreuses embarcations. Ce prudent souci permit à Striga de distinguer en temps voulu, au milieu des autres, un bateau conduit par quatre hommes, qui se dirigeait en droite ligne vers le chaland. Ayant reconnu un canot de la police fluviale, il avertit d'un coup d'oeil Titcha, qui, sans autre explication, s'affala par le panneau dans la cale.

Striga ne s'était pas trompé. En quelques minutes, ce canot eut rallié la gabarre. Deux hommes montèrent à bord.

«Le patron? demanda l'un des nouveaux arrivants.

—C'est moi, répondit Striga en faisant un pas en avant de ses compagnons.

—Votre nom?

—Ivan Striga.

—Votre nationalité?

—Bulgare.