—Oui, mais il faudrait savoir pêcher, objecta doctoralement le Président Miclesco, et c'est là un privilège réservé aux honnêtes gens.
Cette observation morale, peut-être un peu hasardeuse, fut frénétiquement applaudie par tous ces passionnés pêcheurs. Michael Michaelovitch profita avec un tact remarquable de l'enthousiasme général.
—A la santé du Président! s'écria-t-il en levant son verre.
—A la santé du Président! répétèrent tous les buveurs, en vidant les leurs comme un seul homme.
—A la santé du Président! répéta un consommateur solitairement attablé, qui, depuis quelques instants, semblait prendre un vif intérêt aux répliques échangées autour de lui.
M. Miclesco fut sensible à l'aimable procédé de cet inconnu, et, pour l'en remercier, il esquissa à son adresse un geste de toast. Le buveur solitaire, estimant sans doute la glace suffisamment rompue par ce geste courtois, se considéra comme autorisé à faire part de ses impressions à l'honorable assistance.
—Bien répondu, ma foi! dit-il. Oui, certes, la pêche est un plaisir d'honnêtes gens.
—Aurions-nous l'avantage de parler à un confrère? demanda M. Miclesco, en s'approchant de l'inconnu.
—Oh! répondit modestement celui-ci, un amateur tout au plus, qui se passionne pour les beaux coups, mais n'a pas l'outrecuidance de chercher à les imiter.
—Tant pis, monsieur...?