Il se hâta de se rendre au parquet. L'agent avait dit vrai. Le trop célèbre Ladko était bien réellement sous les verrous.
La nouvelle se répandit avec la rapidité de l'éclair et mit la ville en rumeur. On ne causait pas d'autre chose, et, sur le quai, des groupes compacts stationnèrent toute la journée devant la barge du fameux malfaiteur.
Ces groupes ne purent manquer d'attirer l'attention d'une gabarre qui, vers trois heures de l'après-midi, passa au large de Semlin. Cette gabarre qui descendait innocemment le fleuve, c'était celle de Striga.
«Qu'y a-t-il donc à Semlin? dit celui-ci à son fidèle Titcha, en remarquant l'animation des quais. Serait-ce une émeute?
Il s'aida d'une jumelle, qu'il écarta de ses yeux après un rapide examen.
—Le diable m'emporte, Titcha, s'écria-t-il, si ce n'est pas l'embarcation de notre particulier!
—Tu crois?... fit Titcha en s'emparant de la jumelle.
—Il faut que j'en aie le coeur net, déclara Striga qui paraissait en proie à une vive agitation. Je vais à terre.
—Pour te faire pincer. C'est malin!... Si cette embarcation est celle de Dragoch, c'est que Dragoch est à Semlin. C'est se jeter dans la gueule du loup.
—Tu as raison, approuva Striga, qui disparut dans le rouf. Mais nous allons prendre nos précautions.»