—Qu'êtes-vous allé faire à Vienne, le 26 août dernier, chez le juif Simon Klein?

Malgré lui, Serge Ladko tressaillit une seconde fois. Voilà qu'on connaissait cette visite, maintenant! Certes, elle n'avait rien de répréhensible, mais l'avouer, c'était avouer en même temps son identité, et, puisqu'il avait adopté le parti de la nier, force lui était de persister dans cette voie.

—Simon Klein?... répéta-t-il d'un air interrogateur, en homme qui ne comprend pas.

—Vous niez?... fit M. Rona. Je m'y attendais. C'est donc à moi de vous apprendre qu'en vous rendant chez le juif Simon Klein—et le juge, ce disant, se souleva à demi sur son siège pour donner à ses paroles une plus écrasante autorité,—vous alliez vous entendre avec le receleur ordinaire de votre bande.

—De ma bande!... répéta le pilote ahuri.

—Il est vrai, rectifia ironiquement le juge, que vous ne savez pas ce que je veux dire, que vous ne faites partie d'aucune bande, que vous n'êtes pas Ladko, mais bien un inoffensif pêcheur à la ligne du nom d'Ilia Brusch; Mais alors, si vous vous nommez en effet Ilia Brusch, pourquoi vous cachez-vous?

—Je me cache, moi?... protesta Serge Ladko.

—Dame! ça m'en a tout l'air, répondit M. Izar Rona, à moins que ce ne soit pas se cacher que de dissimuler sous des lunettes noires des yeux qui semblent les meilleurs du monde—au fait! ayez donc l'obligeance de les enlever, ces lunettes!—et de teindre en noir des cheveux que l'on a naturellement blonds.

Serge Ladko était accablé.

La police était bien renseignée et la trame se resserrait autour de lui; sans paraître remarquer son trouble, M. Rona poursuivit son avantage: