Il fit ensuite remarquer aux visiteurs le bon ordre de la cellule et sa parfaite propreté. Dans la chaleur de son discours, il en franchit même le seuil, et alla s'adosser au-dessous de la fenêtre, afin de faire face à son auditoire.

Tout à coup, le coeur de Serge Ladko Cessa de battre. Sans le savoir, l'orateur frôlait l'endroit attaqué par le prisonnier et un peu de ciment commençait à tomber en fine poussière. Ebranlé par un autre mouvement, ce fut bientôt le tampon de mie de pain qui se détacha d'un seul bloc et tomba sur le carreau. Serge Ladko eut un frisson d'épouvanté, en constatant que l'extrémité du barreau descellé apparaissait à nu au fond de son alvéole.

Quelqu'un avait-il vu? Oui, quelqu'un avait vu. Tandis que son mari et le directeur examinaient la misérable table comme un objet du plus haut intérêt, et que le gardien, respectueusement détourné, semblait regarder quelque chose dans l'enfilade du couloir, la visiteuse tenait ses yeux fixés sur l'excavation pratiquée dans la muraille, et l'expression de son visage montrait qu'elle en comprenait le mystérieux langage.

Elle allait parler... d'un mot, ruiner tant d'efforts... Serge Ladko attendait, et, par degrés, il se sentait mourir.

Un peu pâle, la jeune femme releva les yeux sur le prisonnier et le couvrit de son regard limpide. Vit-elle les grosses larmes qui s'échappaient lentement des paupières du misérable? Comprit-elle sa supplication silencieuse? Eut-elle conscience de son horrible désespoir?..

Dix secondes tragiques passèrent, et soudain elle se détourna en poussant un cri de douleur. Ses deux compagnons se précipitèrent vers elle. Que lui était-il arrivé? Rien de grave, affirma-t-elle, d'une voix tremblante, en s'efforçant de sourire. Elle venait de se tordre sottement le pied, voilà tout.

Tandis que Serge Ladko allait, sans être aperçu, se placer devant le barreau accusateur, mari, directeur et gardien s'empressèrent. Les deux premiers sortirent soutenant la prétendue blessée; le troisième repoussa précipitamment les verrous. Serge Ladko était seul.

Quel élan de gratitude gonfla sa poitrine pour la douce créature, qui avait eu pitié! Grâce à elle, il était sauvé. Il lui devait la vie; plus que la vie, la liberté.

Il était retombé, accablé, sur sa couchette. L'émotion avait été trop rude. Son cerveau vacillait sous ce dernier coup du sort.

Le reste du jour s'écoula sans autre incident, et neuf heures sonnèrent enfin aux horloges lointaines de la ville. La nuit était tout à fait venue. De gros nuages, roulant dans le ciel, en augmentaient l'obscurité.