Il tomba. Son épaule heurta la saillie du bandeau. Mais, grâce à l'élan qu'il s'était donné, ses mains étendues avaient enfin atteint le but. La première difficulté était vaincue. Restait à vaincre la seconde.
Serge Ladko se laissa glisser le long de la chaîne et s'arrêta sur l'un des crampons qui la fixaient à la muraille. Là, il fit une courte halte et s'accorda le temps de la réflexion.
Le sol était invisible dans la nuit, mais, d'en bas, arrivait jusqu'au fugitif le bruit d'un pas régulier. Un soldat montait évidemment la garde. A en juger par ce bruit croissant et décroissant tour à tour, la sentinelle, après avoir suivi la fraction du chemin de ronde longeant cette partie de la prison, tournait ensuite dans la prolongation de ce chemin qui passait devant une autre façade du bâtiment, puis revenait, pour recommencer sans interruption son va-et-vient. Serge Ladko calcula que l'absence du soldat durait de trois à quatre minutes. C'est donc dans ce délai que la distance le séparant de la muraille extérieure devait être franchie.
S'il devinait, au-dessous de lui, la crête de cette muraille dont la blancheur se découpait vaguement dans l'ombre, il ne pouvait distinguer les pierres en saillie qui en décoraient le sommet.
Serge Ladko, se laissant glisser un peu plus bas, s'arrêta à l'un des crampons inférieurs. De ce point, il dominait encore de deux ou trois mètres le sommet de la muraille qu'il s'agissait de franchir.
Solide, désormais, il lui était permis de procéder par mouvements plus rapides. Il ne lui fallut qu'un instant pour dérouler sa corde, la faire passer derrière la chaîne du paratonnerre et en nouer les deux bouts de manière à la transformer en une corde sans fin. La longueur nécessaire approximativement calculée, il en lança ensuite au-dessus de la muraille de clôture, puis en ramena à lui l'extrémité en forme de boucle, comme il l'aurait fait avec un lasso, en s'efforçant de saisir une des pierres en saillie dont la muraille était extérieurement ornée.
L'entreprise était difficile. Au milieu de cette obscurité profonde, qui lui cachait le but, il ne pouvait compter que sur le hasard.
Plus de vingt fois la corde avait été lancée sans résultat, quand elle opposa enfin une résistance. Serge Ladko insista en vain. La prise était bonne et ne céda pas. La tentative avait donc réussi. La boucle terminale s'était enroulée autour d'un des bossages extérieurs, et une sorte de passerelle était maintenant jetée au-dessus du chemin de ronde.
Passerelle fragile à coup sûr! N'allait-elle pas se rompre ou se détacher de la pierre qui la retenait? Dans le premier cas, ce serait une épouvantable chute de dix mètres de hauteur; dans le second, ramené contre le mur de la prison à la manière d'un balancier, son fardeau humain viendrait s'y écraser.
Pas un instant, Serge Ladko n'hésita devant la possibilité de ce danger. Sa corde fortement tendue, il en réunit de nouveau les deux extrémités, puis, prêt à s'élancer, il prêta l'oreille aux pas du soldat de garde.