—Je vous suivrai jusqu'au bout, monsieur Brusch, déclara sans hésiter Karl Dragoch.

—A votre aise!» conclut Serge Ladko qui n'ajouta pas une parole.

A la nuit tombante, il reprit l'aviron et s'approcha de la rive bulgare. L'obscurité était complète quand il y accosta, un peu en aval des dernières maisons de la ville.

Tout son être tendu vers le but, Serge Ladko agissait à la manière d'un somnambule. Ses gestes nets et précis faisaient sans hésitation ce qu'il fallait faire, ce qu'il lui eût été impossible de ne pas faire. Aveugle pour tout ce qui l'entourait, il ne vit pas son compagnon disparaître dans la cabine dès que le grappin eut été ramené à bord. Le monde extérieur avait perdu pour lui toute réalité. Son rêve seul existait. Et, ce rêve, c'était, tout illuminée de soleil, en dépit de la nuit, sa maison et, dans sa maison, Natcha!... En dehors de Natcha, il n'était plus rien sous le ciel.

Dès que l'étrave de la barge eut touché la rive, il sauta à terre, fixa solidement son amarre et s'éloigna d'un pas rapide.

Aussitôt, Karl Dragoch sortit de la cabine. Il n'y avait pas perdu son temps. Qui aurait reconnu le policier, à la silhouette énergique et sèche, dans ce balourd aux pesantes allures, merveilleuse copie d'un paysan hongrois?

Le détective prit terre à son tour et, suivant le pilote à la piste, partit en chasse une fois de plus.

XVI

LA MAISON VIDE.