Soudain, il y eut un formidable craquement. Le chaland en fut ébranlé jusque dans ses fonds. Sous le choc, le mât vint en bas, cassé net au ras de l'emplanture, et la voile s'abattit en grand, recouvrant de ses larges plis les hommes qui se trouvaient à l'avant. Le chaland, irrémédiablement engravé, demeura immobile.

A bord, tout le monde avait été renversé, y compris Striga, qui se releva ivre de rage.

Son premier regard fut pour Serge Ladko. Le pilote ne paraissait pas ému de l'accident. Il avait lâché la barre, et, les mains enfoncées dans les poches de sa vareuse, il surveillait son ennemi, le regard attentif à ce qui allait suivre.

« Canaille! » hurla Striga, qui, brandissant un revolver, courut vers l'arrière.

A la distance de trois pas, il tira.

Serge Ladko s'était baissé. La balle passa au-dessus de lui sans l'atteindre. Aussitôt redressé, il fut d'un bond sur son adversaire, que son couteau frappa au coeur. Ivan Striga s'écroula comme une masse.

Le drame s'était déroulé si rapidement, que les cinq hommes de l'équipage, embarrassés, d'ailleurs, dans les plis de la voile, n'avaient pas eu le temps d'intervenir. Mais quel hurlement ils poussèrent en voyant tomber leur chef!

Serge Ladko, s'élançant à l'avant du spardeck, se précipita à leur rencontre. De la, il dominait le pont, sur lequel les hommes accouraient en tumulte.

«Arrière! cria-t-il, les deux mains armées de revolvers, dont l'un venait d'être arraché à Striga.

Les hommes s'arrêtèrent. Ils n'avaient point d'armes, et, pour s'en procurer, il leur fallait pénétrer dans le rouf, c'est-à-dire passer sous le feu de l'ennemi.