—En vous remerciant, monsieur le Président!»

Ilia Brusch salua une dernière fois, et remonta dans son embarcation, tandis que les curieux se pressaient pour le voir partir.

Il prit sa ligne, l'amorça, la déposa sur l'un des bancs, ramena le grappin à bord, repoussa le canot d'un vigoureux coup de gaffe, puis, s'asseyant à l'arrière, il lança la ligne.

Un instant après, il la retirait. Un barbeau frétillait à l'hameçon. Cela parut d'un heureux présage, et, comme il tournait la pointe, toute l'assistance acclama par de frénétiques hoch! le lauréat de la Ligue Danubienne.

III

LE PASSAGER D'ILIA BRUSCH.

Elle était donc commencée, cette descente du grand fleuve, qui allait promener Ilia Brusch à travers un duché: celui de Bade; deux royaumes: le Wurtemberg et la Bavière; deux empires: l'Autriche-Hongrie et la Turquie; trois principautés: le Hohenzollern, la Serbie et la Roumanie[1]. L'original pêcheur n'avait à redouter aucune fatigue pendant ce long parcours de plus de sept cents lieues. Le courant du Danube se chargerait de le transporter jusqu'à l'embouchure, à raison d'un peu plus d'une lieue à l'heure, soit, en moyenne, une cinquantaine de kilomètres par jour. En deux mois, il serait ainsi au terme de son voyage, à condition qu'aucun incident ne l'arrêtât en route. Mais pourquoi aurait-il éprouvé des retards?

[Note 1: Ces deux principautés ont été érigées depuis en royaumes, la Roumanie en 1881 et la Serbie en 1882.]

Le canot d'Ilia Brusch mesurait une douzaine de pieds. C'était une sorte de barge à fond plat, large de quatre pieds en son milieu. A l'avant, s'arrondissait un rouf, un tôt, si l'on veut, sous lequel deux hommes auraient pu s'abriter. A l'intérieur de ce rouf, deux coffres latéraux, placés en abord, contenaient la garde-robe très réduite du propriétaire, et pouvaient, une fois refermés, se transformer en couchettes. A l'arrière un autre coffre formait banc, et servait à loger divers ustensiles de cuisine.