Quelques promeneurs animaient, en cette après-midi d'août, la rive du Danube, qui forme, au Nord-Est, l'extrême limite de la promenade du Prater. Ces promeneurs guettaient-ils Ilia Brusch? Probablement, celui-ci ayant eu soin de faire préciser à l'avance par les journaux le lieu et presque l'heure de son arrivée. Mais comment les curieux, disséminés sur un aussi vaste espace, découvriraient-ils la barge que rien ne signalait à leur attention?
Ilia Brusch avait prévu cette difficulté. Dès que son embarcation fut amarrée, il s'empressa de dresser un mât portant une longue banderolle sur laquelle on pouvait lire: Ilia Brusch, Lauréat du concours de Sigmaringen; puis, sur le toit du rouf, il fit, des poissons capturés pendant la matinée, une sorte d'étalage, en donnant au brochet la place d'honneur.
Cette réclame à l'américaine eut un résultat immédiat. Quelques badauds s'arrêtèrent en face de la barge et la contemplèrent d'un air désoeuvré. Ces premiers badauds en attirant d'autres, le rassemblement prit en quelques instants des proportions telles que les véritables curieux ne purent faire autrement que de le remarquer. Ils accoururent, et, en voyant tous ces gens se hâter dans la même direction, d'autres se mirent à courir à leur exemple sans savoir pourquoi. En moins d'un quart d'heure, cinq cents personnes étaient groupées en face de la barge. Ilia Brusch n'avait jamais rêvé pareil succès:
Entre ce public et le pêcheur, le dialogue ne tarda pas à s'engager.
«Monsieur Brusch? demanda un des assistants.
—Présent, répondit l'interpellé.
—Permettez-moi de me présenter. M. Claudius Roth, un de vos collègues de la Ligue Danubienne.
—Enchanté, monsieur Roth!
—Plusieurs autres de nos collègues sont ici, d'ailleurs. Voici M. Hanisch, M. Tietze, M. Hugo Zwiedinek, sans compter ceux que je ne connais pas.
—Moi, par exemple, Mathias Kasselick, de Budapest, dit un spectateur.