Pendant que les deux inconnus s'occupaient si fort de sa personne, et élaboraient, en s'éloignant vers le Prater Stern, des plans dont l'exécution ne devait pas être beaucoup différée, Karl Dragoch réintégrait la barge, sans se douter de l'espionnage dont il avait été l'objet au cours de cette journée. Il y trouva Ilia Brusch, fort affairé à préparer le dîner, que les deux compagnons, une heure plus tard, partagèrent comme de coutume, à cheval sur l'un des bancs.
«Eh bien, monsieur Jaeger, êtes-vous content de votre promenade? demanda Ilia Brusch, quand les pipes commencèrent à répandre leurs nuages de fumée.
—Enchanté, répondit Karl Dragoch. Et vous, monsieur Brusch, n'avez-vous pas changé d'avis, et ne vous êtes-vous pas décidé à parcourir un peu la ville de Vienne?.. A y faire quelque visite, peut-être?
—Que non pas, monsieur Jaeger, affirma Ilia Brusch. Je ne connais personne ici, moi. Depuis que vous êtes parti, je n'ai pas mis le pied à terre.
—Vraiment!
—C'est ainsi. Je n'ai pas quitté le bord, où j'avais d'ailleurs assez de travail pour m'occuper jusqu'au soir.»
Karl Dragoch ne répliqua pas. Les pensées que le flagrant mensonge de son hôte pouvait lui suggérer, il les garda pour lui, et l'on parla de choses et d'autres jusqu'au moment où sonna l'heure du sommeil.