—Qu'est-ce qui est drôle? insista Karl Dragoch. Connaîtriez-vous ce Ladko?
—-Moi? protesta le pêcheur. Pas le moins du monde. Mais ce n'est pas un nom bulgare que Ladko. Voilà tout ce que je vois de drôle là-dedans.»
Karl Dragoch ne poussa pas plus avant un interrogatoire, qui, plus clair, risquait de devenir dangereux, et dont les résultats pouvaient d'ores et déjà être considérés comme satisfaisants. La surprise du pêcheur en entendant le signalement du malfaiteur, son trouble en connaissant la nationalité probable de celui-ci, son émotion en en apprenant le nom, tout cela était indéniable et donnait une force nouvelle aux présomptions antérieures, sans apporter toutefois aucune preuve décisive.
Comme l'avait prévu Ilia Brusch, il n'était pas encore deux heures de l'après-midi lorsque la barge arriva à Gran. Cinq cents mètres avant les premières maisons, le pêcheur prit terre sur la rive gauche, afin d'éviter, dit-il, d'être retardé par la curiosité populaire, et pria M. Jaeger de bien vouloir conduire seul la barge sur la rive droite, où il s'arrêterait au coeur de la ville, ce à quoi le passager consentit avec obligeance.
Son travail terminé, celui-ci se transforma en détective. La barge amarrée, il sauta sur le quai, en quête de l'un de ses hommes.
Il n'avait pas fait vingt pas qu'il se heurtait à Friedrick Ulhmann. Un dialogue rapide s'engagea entre les deux policiers.
«Tout va bien?
—Tout.
—Il faut resserrer le cercle, Ulhmann. Tes postes de deux hommes à un kilomètre l'un de l'autre désormais.
—Ça chauffe, alors?