—Ça ne sera rien, poursuivait Ilia Brusch, en continuant ses énergiques frictions. Rien de meilleur pour la santé qu'un bain au mois d'août!

—Merci, monsieur Brusch, balbutia Karl Dragoch.

—Il n'y a vraiment pas de quoi, répliqua gaiement le pêcheur. C'est à moi de vous remercier, monsieur Jaeger, puisque vous m'avez donné l'occasion d'un excellent bain.

Les forces de Karl Dragoch revenaient à vue d'oeil. Un bon coup d'eau-de-vie, et il n'y paraîtrait plus. Malheureusement, Ilia Brusch, plus ému qu'il ne voulait le paraître, bouleversa en vain tous ses coffres. La provision d'alcool était épuisée, et il n'en restait pas une goutte à bord de la barge.

—Voilà qui est vexant! s'écria Ilia Brusch. Pas une goutte de schnaps dans notre cambuse!

—Peu importe, monsieur Brusch, affirma Karl Dragoch, d'une voix faible. Je m'en passerai fort bien, je vous assure.

Karl Dragoch grelottait, cependant, en dépit de ses assurances, et un cordial ne lui eût certes pas été inutile.

—C'est ce qui vous trompe, répondit Ilia Brusch, qui ne s'illusionnait pas sur l'état de son passager, vous ne vous en passerez pas, monsieur Jaeger. Laissez moi faire. Ce ne sera pas long.

En un tour de mains, le pêcheur eut échangé ses vêtements trempés contre des vêtements secs, puis quelques coups de godille amenèrent la barge à la rive gauche où elle fut amarrée solidement.

—Un peu de patience, monsieur Jaeger, dit Ilia Brusch en sautant à terre. Ici, je connais le pays, puisque voilà le confluent de l'Ipoly. A moins de quinze cents mètres, il y a un village, où je trouverai tout ce qu'il faut. Dans une demi-heure, je serai de retour.»