—En route donc,» approuvèrent les charretiers.

Cinq minutes plus tard, la voiture s'ébranlait. L'hôte, tout en maintenant ouvert l'un des battants de la porte cochère, salua poliment ses clients.

« Alors, décidément, c'est-il à Gran que vous allez? interrogea-t-il.

—Non, répondirent les rouliers, c'est à Saint-André, l'ami.

—Bon voyage, les gars! formula l'hôte.

—Merci, camarade. »

La charrette tourna à droite et prit, vers l'Est, le chemin de Saint-André. Quand elle eut disparu dans la nuit, le personnage que Kaiserlick et Vogel avaient attendu toute la journée, s'éloigna à son tour, dans la direction opposée, sur la route de Gran.

L'aubergiste ne s'en aperçut même pas. Sans plus s'occuper de ces passants que vraisemblablement il ne reverrait jamais, il se hâta de fermer la maison et de gagner son lit.

La charrette qui, pendant ce temps, s'éloignait au pas tranquille de ses chevaux, fit volte-face au bout de cinq cents mètres, conformément aux instructions reçues, et suivit en sens inverse le chemin qu'elle venait de parcourir.

Lorsqu'elle fut de nouveau à la hauteur de l'auberge, tout y était clos, en effet, et elle aurait dépassé ce point sans incident, si un chien, qui dormait au beau milieu de la chaussée, ne s'était enfui tout à coup en aboyant si violemment, que le cheval de flèche effrayé se déroba par un brusque écart jusque sur le bas côté de la route. Les charretiers eurent vite fait de ramener l'animal en bonne direction, et, pour la seconde fois, la voiture disparut dans la nuit.