C'était l'établissement de l'honorable Batulcar, sorte de Barnum américain, directeur d'une troupe de saltimbanques, jongleurs, clowns, acrobates, équilibristes, gymnastes, qui, suivant l'affiche, donnait ses dernières représentations avant de quitter l'empire du Soleil pour les États de l'Union.

Passepartout entra sous un péristyle qui précédait la case, et demanda Mr. Batulcar. Mr. Batulcar apparut en personne.

«Que voulez-vous? dit-il à Passepartout, qu'il prit d'abord pour un indigène.

—Avez-vous besoin d'un domestique? demanda Passepartout.

—Un domestique, s'écria le Barnum en caressant l'épaisse barbiche grise qui foisonnait sous son menton, j'en ai deux, obéissants, fidèles, qui ne m'ont jamais quitté, et qui me servent pour rien, à condition que je les nourrisse..... Et les voilà, ajouta-t-il en montrant ses deux bras robustes, sillonnés de veines grosses comme des cordes de contre-basse.

—Ainsi, je ne puis vous être bon à rien?

—A rien.

—Diable! ça m'aurait pourtant fort convenu de partir avec vous.

—Ah çà, dit l'honorable Batulcar, vous êtes Japonais comme je suis un singe! Pourquoi donc êtes-vous habillé de la sorte?

—On s'habille comme on peut!