—Oui, reprit le brigadier général, brûlée, et si elle ne l'était pas, vous ne sauriez croire à quelle misérable condition elle se verrait réduite par ses proches. On lui raserait les cheveux, on la nourrirait à peine de quelques poignées de riz, on la repousserait, elle serait considérée comme une créature immonde et mourrait dans quelque coin comme un chien galeux. Aussi la perspective de cette affreuse existence pousse-t-elle souvent ces malheureuses au supplice, bien plus que l'amour ou le fanatisme religieux. Quelquefois, cependant, le sacrifice est réellement volontaire, et il faut l'intervention énergique du gouvernement pour l'empêcher. Ainsi, il y a quelques années, je résidais à Bombay, quand une jeune veuve vint demander au gouverneur l'autorisation de se brûler avec le corps de son mari. Comme vous le pensez bien, le gouverneur refusa. Alors la veuve quitta la ville, se réfugia chez un rajah indépendant, et là elle consomma son sacrifice.»

Pendant le récit du brigadier général, le guide secouait la tête, et, quand le récit fut achevé:

«Le sacrifice qui aura lieu demain au lever du jour n'est pas volontaire, dit-il.

—Comment le savez-vous?

—C'est une histoire que tout le monde connaît dans le Bundelkund, répondit le guide.

—Cependant cette infortunée ne paraissait faire aucune résistance, fit observer sir Francis Cromarty.

—Cela tient à ce qu'on l'a enivrée de la fumée du chanvre et de l'opium.

—Mais où la conduit-on?

—A la pagode de Pillaji, à deux milles d'ici. Là, elle passera la nuit en attendant l'heure du sacrifice.

—Et ce sacrifice aura lieu?...