Délai de deux ou trois jours, toutefois, car l'alimentation serait du moins assurée pour ce laps de temps. Ce qui restait du buffle avait été déposé en cet endroit. Après s'en être partagé les quelques tranches déjà cuites, ils s'étaient endormis autour de ce feu prêt à s'éteindre.

John Cort se réveilla le premier au milieu d'une obscurité que la nuit n'aurait pas rendue plus profonde. Ses yeux s'accoutumant à ces ténèbres, il aperçut vaguement Max Huber et Khamis couchés au pied des arbres. Avant de les tirer de leur sommeil, il alla ranimer le foyer en rapprochant les bouts de tisons qui brûlaient sous la cendre. Puis il ramassa une brassée de bois mort, d'herbes sèches, et bientôt une flamme pétillante jeta ses lueurs sur le campement.

«À présent, dit John Cort, avisons à sortir de là, mais comment?…»

Le pétillement du foyer ne tarda pas à réveiller Max Huber et Khamis. Ils se relevèrent presque au même instant. Le sentiment de la situation leur revint, et ils firent ce qu'il y avait à faire: ils tinrent conseil.

«Où sommes-nous?… demanda Max Huber.

— Où l'on nous a transportés, répondit John Cort, et j'entends par là que nous ne savons rien de ce qui s'est passé depuis…

— Depuis une nuit et un jour peut-être…, ajouta Max Huber. Est- ce hier que notre radeau s'est brisé contre le barrage?… Khamis, avez-vous quelque idée à ce sujet?…»

Pour toute réponse, le foreloper se contenta de secouer la tête. Impossible de déterminer le compte du temps écoulé, ni de dire dans quelles conditions s'était effectué le sauvetage.

«Et Llanga?… demanda John Cort. Il a certainement péri puisqu'il n'est pas avec nous!… Ceux qui nous ont sauvés n'ont pu le retirer du rapide…

— Pauvre enfant! soupira Max Huber, il avait pour nous une si vive affection!… Nous l'aimions… nous lui aurions fait une existence si heureuse!… L'avoir arraché aux mains de ces Denkas, et maintenant… Pauvre enfant!»