— Par là», répondit le foreloper.

Et il montrait une déchirure du rideau de lianes à travers laquelle ses compagnons et lui avaient dû être introduits en cet endroit. Au-delà se dessinait une sente obscure et sinueuse qui semblait praticable.

Où cette sente conduisait-elle?… Était-ce au rio?… Rien de moins certain… Ne se croisait-elle pas avec d'autres?… Ne risquait-on pas de s'égarer dans ce labyrinthe?… D'ailleurs, avant quarante-huit heures, ce qui restait du buffle serait dévoré… Et après?… Quant à étancher sa soif, les pluies étaient assez fréquentes pour écarter toute crainte à cet égard.

«Dans tous les cas, observa John Cort, ce n'est pas en prenant racine ici que l'on se tirera d'embarras, et il faut au plus tôt quitter la place…

— Mangeons d'abord», dit Max Huber.

Environ un kilogramme de viande fut partagé en trois parts, et chacun dut se contenter de ce mince repas!…

«Et dire, reprit Max Huber, que nous ne savons même pas si c'est un déjeuner ou un dîner…

— Qu'importe! répliqua John Cort, l'estomac n'a que faire de ces distinctions…

— Soit, mais il a besoin de boire, l'estomac, et quelques gouttes du rio Johausen, je les accueillerais comme le meilleur cru des vins de France!…»

Tandis qu'ils mangeaient, ils étaient redevenus silencieux. De cette obscurité se dégageait une vague impression d'inquiétude et de malaise. L'atmosphère, imprégnée des senteurs humides du sol, s'alourdissait sous ce dôme de feuillage. En ce milieu qui semblait même impropre au vol des oiseaux, pas un cri, pas un chant, pas un battement d'aile. Parfois le bruit sec d'une branche morte dont la chute s'amortissait au contact du tapis de mousses spongieuses étendu d'un tronc à l'autre. Par instants, aussi, un sifflement aigu, puis le froufrou entre les feuilles sèches d'un de ces serpenteaux des brousses, longs de cinquante à soixante centimètres, heureusement inoffensifs. Quant aux insectes, ils bourdonnaient comme d'habitude et n'avaient point épargné leurs piqûres.