— À Sa Majesté le père Miroir, répondit Max Huber. Mais, au fait, pourquoi ses sujets l'appellent-ils ainsi?…
— Et en langue congolaise?… répliqua John Cort.
— Est-ce donc que Sa Majesté est myope ou presbyte… et porte des lunettes? reprit Max Huber.
— Et, d'abord, ces lunettes, d'où viendraient-elles?… ajouta
John Cort.
— N'importe, continua Max Huber, lorsque nous serons en état de causer avec ce souverain, soit qu'il ait appris notre langue, soit que nous ayons appris la sienne, nous lui offrirons de signer un traité d'alliance offensive et défensive avec l'Amérique et la France et il ne pourra faire moins que de nous nommer grands-croix de l'ordre wagddien…»
Max Huber ne se prononçait-il pas trop affirmativement, en comptant qu'ils auraient toute liberté dans ce village, puis qu'ils le quitteraient à leur convenance? Or, si John Cort, Khamis et lui ne reparaissaient pas à la factorerie, qui s'aviserait de venir les chercher dans ce village de Ngala au plus profond de la grande forêt?… En ne voyant plus revenir personne de la caravane, qui douterait qu'elle n'eût péri tout entière dans les régions du haut Oubanghi?…
Quant à la question de savoir si Khamis et ses compagnons resteraient ou non prisonniers dans cette case, elle fut presque aussitôt tranchée. La porte tourna sur ses attaches de liane et Li-Maï parut.
Tout d'abord, le petit alla droit à Llanga et lui prodigua mille caresses que celui-ci rendit de bon coeur. John Cort avait donc l'occasion d'examiner plus attentivement cette singulière créature. Mais, comme la porte était ouverte, Max Huber proposa de sortir et de se mêler à la population aérienne.
Les voici donc dehors, guidés par le petit sauvage — ne peut-on le qualifier ainsi? — qui donnait la main à son ami Llanga. Ils se trouvèrent alors au centre d'une sorte de carrefour où passaient et repassaient des Wagddiens «allant à leurs affaires».
Ce carrefour était planté d'arbres ou plutôt ombragé de têtes d'arbres dont les robustes troncs supportaient cette construction aérienne. Elle reposait à une centaine de pieds au-dessus du sol sur les maîtresses branches de ces puissants bauhinias, bombax, baobabs. Faite de pièces transversales solidement reliées par des chevilles et des lianes, une couche de terre battue s'étendait à sa surface, et, comme les points d'appui étaient aussi solides que nombreux, le sol factice ne tremblait pas sous le pied. Et, même alors que les violentes rafales soufflaient à travers ces hautes cimes, c'est à peine si le bâti de cette superstructure en ressentait un léger frémissement.