«S'ils nous ont rendu nos carabines, fit observer Max Huber, est- ce qu'ils savent à quoi servent les armes à feu?…

— Je l'ignore, répondit John Cort, mais ce qu'ils savent, c'est qu'il ne faut pas garder ce qui n'est pas à soi, et cela prouve déjà en faveur de leur moralité.»

N'importe, la question de Max Huber ne laissait pas d'être importante.

«Kollo… Kollo!…»

Ce mot, prononcé clairement, retentit à plusieurs reprises, et, en le prononçant, le jeune Wagddi levait la main à la hauteur de son front, puis se touchait la poitrine, semblant dire:

«Kollo… c'est moi!»

John Cort présuma que ce devait être le nom de leur nouveau domestique, et, lorsqu'il l'eut répété cinq ou six fois, Kollo témoigna sa joie par un rire prolongé.

Car ils riaient, ces primitifs, et il y avait lieu d'en tenir compte au point de vue anthropologique. En effet, aucun être ne possède cette faculté, si ce n'est l'homme. Parmi les plus intelligents, — chez le chien par exemple, — si l'on surprend quelques indices du rire ou du sourire, c'est seulement dans les yeux, et peut-être aux commissures des lèvres. En outre, ces Wagddis ne se laissaient point aller à cet instinct, commun à presque tous les quadrupèdes, de flairer leur nourriture avant d'y goûter, de commencer par manger ce qui leur plaît le plus.

Voici donc en quelles conditions allaient vivre les deux amis, Llanga et le foreloper. Cette case n'était pas une prison. Ils en pourraient sortir à leur gré. Quant à quitter Ngala, nul doute qu'ils en seraient empêchés — à moins qu'ils n'eussent obtenu cette autorisation de S. M. Msélo-Tala-Tala.

Donc, nécessité, provisoirement peut-être, de ronger son frein, de se résigner à vivre au milieu de ce singulier monde sylvestre dans le village aérien.