Quoi qu'il en soit, les Wagddis se rapprochaient de l'homme, non seulement parce qu'ils ressentaient les effets de la musique, mais parce qu'ils mettaient eux-mêmes cet art en pratique.

Deux heures se passèrent ainsi, à l'extrême impatience de Max Huber. Ce qui l'enrageait, c'est que S. M. Msélo-Tala-Tala ne daignait pas se déranger pour recevoir l'hommage de ses sujets.

Cependant la fête continuait avec redoublement de cris et de danses. Les boissons provoquaient aux violences de l'ivresse, et c'était à se demander quelles scènes de désordre menaçaient de s'ensuivre, lorsque, soudain, le tumulte prit fin.

Chacun se calma, s'accroupit, s'immobilisa. Un silence absolu succéda aux bruyantes démonstrations, au fracas assourdissant des tam-tams, au sifflet suraigu des flûtes.

À ce moment, la porte de la demeure royale s'ouvrit, et les guerriers formèrent la haie de chaque côté.

«Enfin! dit Max Huber, nous allons donc le voir, ce souverain de sylvestres.»

Ce ne fut point Sa Majesté qui sortit de la case. Une sorte de meuble, recouvert d'un tapis de feuillage, fut apporté au milieu de la place. Et quelle fut la bien naturelle surprise des deux amis, lorsqu'ils reconnurent dans ce meuble un vulgaire orgue de Barbarie!… Très probablement, cet instrument sacré ne figurait que dans les grandes cérémonies de Ngala, et les Wagddis en écoutaient sans doute les airs plus ou moins variés avec un ravissement de dilettantes!

«Mais c'est l'orgue du docteur Johausen! dit John Cort.

— Ce ne peut être que cette mécanique antédiluvienne, répliqua Max Huber. Et, à présent, je m'explique comment, dans la nuit de notre arrivée sous le village de Ngala, j'ai eu la vague impression d'entendre l'impitoyable valse du Freyschütz au- dessus de ma tête!

— Et vous ne nous avez rien dit de cela, Max?…