— Rien de plus facile», s'était hâté de répondre le foreloper.

Et une des outardes, plumée, vidée, embrochée d'une baguette, rôtie à point devant une flamme vive, pétillante, fut dévorée à belles dents.

Khamis et ses compagnons se remirent en route dans des conditions plus pénibles que la veille.

À descendre au sud-ouest, les passées se présentaient moins fréquemment. Il fallait se frayer un chemin entre les broussailles, aussi drues que les lianes dont les cordons durent être tranchés au couteau. La pluie vint à tomber pendant plusieurs heures, — une pluie assez abondante. Mais telle était l'épaisseur des frondaisons que c'est à peine si le sol en recevait quelques gouttes. Toutefois, au milieu d'une clairière, Khamis put remplir la gourde presque vidée déjà, et il y eut lieu de s'en féliciter. En vain le foreloper avait-il cherché quelque filet liquide sous les herbes. De là, probablement, la rareté des animaux et des sentiers praticables.

«Cela n'annonce guère la proximité d'un cours d'eau», déclara John
Cort, lorsque l'on s'installa pour la halte du soir.

D'où cette conséquence s'imposait: c'est que le rio qui coulait non loin du tertre aux tamarins ne faisait que contourner la forêt.

Néanmoins, la direction prise jusqu'alors ne devrait pas être modifiée, et avec d'autant plus de raison qu'elle aboutirait au bassin de l'Oubanghi.

«D'ailleurs, observa Khamis, à défaut du cours d'eau que nous avons aperçu avant-hier au campement, ne peut-il s'en rencontrer un autre dans cette direction?»

La nuit du 11 au 12 mars ne s'écoula pas entre les racines d'un cotonnier. Ce fut au pied d'un arbre non moins gigantesque, un bombax, dont le tronc symétrique s'élevait tout d'un jet à la hauteur d'une centaine de pieds au-dessus de l'épais tapis du sol.

La surveillance établie comme d'habitude, le sommeil n'allait être troublé que par quelques lointains beuglements de buffles et de rhinocéros. Il n'était pas à craindre que le rugissement du lion se mêlât à ce concert nocturne. Ces redoutables fauves n'habitent guère les forêts de l'Afrique centrale. Ils sont les hôtes des régions plus élevées en latitude, soit au delà du Congo vers le sud, soit sur la limite du Soudan vers le nord, dans le voisinage du Sahara. Les épais fourrés ne conviennent pas au caractère capricieux, à l'allure indépendante du roi des animaux, — roi d'autorité et non roi constitutionnel. Il lui faut de plus grands espaces, des plaines inondées de soleil où il puisse bondir en toute liberté.