C'étaient des animaux longs de près de quatre mètres, oreilles droites, jambes courtes et torses, museau tronqué armé d'une seule corne, capable de formidables coups. Et telle est la dureté de leurs mâchoires qu'ils broyent impunément des cactus aux rudes piquants comme les ânes mangent des chardons.
Le couple fit brusquement halte. Khamis et les autres ne doutaient pas qu'ils ne fussent dépistés.
L'un des rhinocéros — un monstre à peau rugueuse et sèche — s'approcha des broussailles.
Max Huber le mit en joue.
«Ne tirez pas à la culotte… à la tête…», lui cria le foreloper.
Une détonation, puis deux, puis trois, retentirent. Les balles pénétraient à peine ces épaisses carapaces et ce furent autant de coups en pure perte.
Les détonations ne les intimidèrent ni ne les arrêtèrent et ils se disposèrent à franchir le fourré.
Il était évident que cet amas de ronces et de broussailles ne pourrait opposer un obstacle à de si puissantes bêtes. En un instant, tout serait ravagé, saccagé, écrasé. Après avoir échappé aux éléphants de la plaine, Khamis et ses compagnons échapperaient-ils aux rhinocéros de la grande forêt?… Que les pachydermes aient le nez en trompe ou le nez en corne, ils s'égalent en vigueur… Et, ici, il n'y aurait pas cette lisière d'arbres qui avait arrêté les éléphants lancés à fond de train. Si le foreloper, John Cort, Max Huber, Llanga, tentaient de s'enfuir, ils seraient poursuivis, ils seraient atteints. Les réseaux de lianes retarderaient leur course, alors que les rhinocéros passeraient comme une avalanche.
Cependant, parmi les arbres de ce fourré, un baobab énorme pouvait offrir un refuge si l'on parvenait à se hisser jusqu'à ses premières branches. Ce serait renouveler la manoeuvre exécutée au tertre des tamarins, dont l'issue avait été funeste, d'ailleurs. Et y avait-il lieu de croire qu'elle aurait plus de succès?…
Peut-être, car le baobab était de taille et de grosseur à résister aux efforts des rhinocéros.