Sous un choc d'une effroyable violence, le baobab trembla jusque dans ses racines à faire croire qu'il allait être arraché du sol.

Le rhinocéros, emporté dans son élan formidable, venait d'être arrêté soudain. À un endroit où s'entr'ouvrait l'écorce du baobab, sa corne, entrée comme le coin d'un bûcheron, s'y était enfoncée d'un pied. En vain fit-il les plus violents efforts pour la retirer. Même en s'arc-boutant sur ses courtes pattes, il ne put y réussir.

L'autre, qui saccageait le fourré furieusement, s'arrêta, et ce qu'était leur fureur à tous deux, on ne saurait se l'imaginer!

Khamis, se glissant alors autour de l'arbre, après avoir rampé au ras des racines, essaya de voir ce qui se passait:

«En fuite… en fuite!» cria-t-il presque aussitôt.

On le comprit plus qu'on ne l'entendit.

Sans demander d'explication, Max Huber et John Cort, entraînant Llanga, détalèrent entre les hautes herbes. À leur extrême surprise, ils n'étaient pas poursuivis par les rhinocéros, et ce ne fut qu'après cinq minutes d'une course essoufflante que, sur un signe du foreloper, ils firent halte.

«Qu'est-il donc arrivé?… questionna John Cort, dès qu'il eut repris haleine.

— Le rhinocéros n'a pu retirer sa corne du tronc de l'arbre…, dit Khamis.

— Tudieu! s'écria Max Huber, c'est le Milon de Crotone des rhinocéros…