Tout d'abord, sa mémoire rappela à John Cort qu'il avait entendu le mot «ngora» prononcé à proximité de la grotte pendant la nuit. Il chercha donc à voir si quelque créature humaine rôdait aux environs.

Que des nomades s'aventurassent parfois à descendre cette rivière pour rejoindre l'Oubanghi, c'était chose admissible, et sans en tirer cette conclusion que l'immense aire de la forêt développée vers l'est jusqu'aux sources du Nil fût fréquentée par les tribus errantes ou habitée par des tribus sédentaires.

John Cort n'aperçut aucun être humain aux abords du marécage, ni sur les rives du cours d'eau.

«J'ai été dupe d'une illusion, pensait-il. Il est possible que je me sois endormi un instant, et c'est dans un rêve que j'ai cru entendre ce mot.»

Aussi ne dit-il rien de l'incident à ses compagnons.

«Mon cher Max, demanda-t-il alors, avez-vous fait à notre brave Khamis toutes vos excuses pour avoir douté de l'existence de ce rio, dont il n'a jamais douté, lui?…

— Il a eu raison contre moi, John, et je suis heureux d'avoir eu tort, puisque le courant va nous véhiculer sans fatigue aux rives de l'Oubanghi…

— Sans fatigue… je ne l'affirme pas, repartit le foreloper.
Peut-être des chutes… des rapides…

— Ne voyons que le bon côté des choses, déclara John Cort. Nous cherchions une rivière, la voici… Nous songions à construire un radeau, construisons-le…

— Dès ce matin, je vais me mettre à la besogne, dit Khamis, et, si vous voulez m'aider, monsieur John…