Voyant Octave refait et reposé, Marcel se dirigea avec lui vers le bout de la rue qui formait l'axe du secteur, jusqu'au pied de la grande muraille en pierre de taille.
« Que dirais-tu d'un boyau de mine là-dedans ? demanda-t-il. -- Ce sera dur, mais nous ne sommes pas des fainéants ! » répondit Octave, prêt à tout tenter.
Le travail commença. Il fallut déchausser la base de la muraille, introduire un levier dans l'interstice de deux pierres, en détacher une, et enfin, à l'aide d'un foret, opérer la percée de plusieurs petits boyaux parallèles. A dix heures, tout était terminé, les saucissons de dynamite étaient en place, et la mèche fut allumée.
Marcel savait qu'elle durerait cinq minutes, et comme il avait remarqué que la cantine, située dans un sous-sol, formait une véritable cave voûtée, il vint s'y réfugier avec Octave.
Tout à coup, l'édifice et la cave même furent secoués comme par l'effet d'un tremblement de terre. Une détonation formidable, pareille à celle de trois ou quatre batteries de canons tonnant à la fois, déchira les airs, suivant de près la secousse. Puis, après deux à trois secondes, une avalanche de débris projetés de tous les côtés retomba sur le sol.
Ce fut, pendant quelques instants, un roulement continu de toits s'effondrant, de poutres craquant, de murs s'écroulant, au milieu des cascades claires des vitres cassées.
Enfin, cet horrible vacarme prit fin. Octave et Marcel quittèrent alors leur retraite.
Si habitué qu'il fût aux prodigieux effets des substances explosives, Marcel fut émerveillé des résultats qu'il constata. La moitié du secteur avait sauté, et les murs démantelés de tous les ateliers voisins du Bloc central ressemblaient à ceux d'une ville bombardée. De toutes parts les décombres amoncelés, les éclats de verre et les plâtres couvraient le sol, tandis que des nuages de poussière, retombant lentement du ciel où l'explosion les avait projetés, s'étalaient comme une neige sur toutes ces ruines.
Marcel et Octave coururent à la muraille intérieure. Elle était détruite aussi sur une largeur de quinze à vingt mètres, et, de l'autre côté de la brèche, l'ex-dessinateur du Bloc central aperçut la cour, à lui bien connue, où il avait passé tant d'heures monotones.
Du moment où cette cour n'était plus gardée, la grille de fer qui l'entourait n'était pas infranchissable... Elle fut bientôt franchie.