« La parole est au docteur Sarrasin, de Douai. L'honorable associé s'exprime en français. "Mes auditeurs m'excuseront, dit-il en débutant, si je prends cette liberté ; mais ils comprennent assurément mieux ma langue que je ne saurais parler la leur..." »
« Cinq colonnes en petit texte !... Je ne sais pas lequel vaut mieux du compte rendu du Times ou de celui du Telegraph... On n'est pas plus exact et plus précis ! »
Le docteur Sarrasin en était là de ses réflexions, lorsque le maître des cérémonies lui-même -- on n'oserait donner un moindre titre à un personnage si correctement vêtu de noir -- frappa à la porte et demanda si « monsiou » était visible...
« Monsiou » est une appellation générale que les Anglais se croient obligés d'appliquer à tous les Français indistinctement, de même qu'ils s'imagineraient manquer à toutes les règles de la civilité en ne désignant pas un Italien sous le titre de « Signor » et un Allemand sous celui de « Herr ». Peut-être, au surplus, ont-ils raison. Cette habitude routinière a incontestablement l'avantage d'indiquer d'emblée la nationalité des gens.
Le docteur Sarrasin avait pris la carte qui lui était présentée. Assez étonné de recevoir une visite en un pays où il ne connaissait personne, il le fut plus encore lorsqu'il lut sur le carré de papier minuscule :
« MR. SHARP, solicitor, « 93, Southampton row « LONDON. »
Il savait qu'un « solicitor » est le congénère anglais d'un avoué, ou plutôt homme de loi hybride, intermédiaire entre le notaire, l'avoué et l'avocat, -- le procureur d'autrefois.
« Que diable puis-je avoir à démêler avec Mr. Sharp ? se demanda-t-il. Est-ce que je me serais fait sans y songer une mauvaise affaire ?... »
« Vous êtes bien sûr que c'est pour moi ? reprit-il.
-- Oh ! yes, monsiou.