« Savez-vous, mère, ce que m'a dit hier M. l'ingénieur Maulesmulhe ? Il a dit que, si je répondais bien sur les questions d'arithmétique qu'il me posera un de ces jours, il me prendrait pour tenir la chaîne d'arpentage, quand il lève des plans dans la mine avec sa boussole. Il paraît qu'on va percer une galerie pour aller rejoindre le puits Weber, et il aura fort à faire pour tomber juste !

-- Vraiment ! s'écriait dame Bauer enchantée, M. l'ingénieur Maulesmulhe a dit cela ! »

Et elle se représentait déjà son garçon tenant la chaîne, le long des galeries, tandis que l'ingénieur, carnet en main, relevait les chiffres, et, l'oeil fixé sur la boussole, déterminait la direction de la percée.

« Malheureusement, reprit Carl, je n'ai personne pour m'expliquer ce que je ne comprends pas dans mon arithmétique, et j'ai bien peur de mal répondre ! »

Ici, Marcel, qui fumait silencieusement au coin du feu, comme sa qualité de pensionnaire de la maison lui en donnait le droit, se mêla de la conversation pour dire à l'enfant :

« Si tu veux m'indiquer ce qui t'embarrasse, je pourrai peut-être te l'expliquer.

-- Vous ? fit dame Bauer avec quelque incrédulité.

-- Sans doute, répondit Marcel. Croyez-vous que je n'apprenne rien aux cours du soir, où je vais régulièrement après souper ? Le maître est très content de moi et dit que je pourrais servir de moniteur ! »

Ces principes posés, Marcel alla prendre dans sa chambre un cahier de papier blanc, s'installa auprès du petit garçon, lui demanda ce qui l'arrêtait dans son problème et le lui expliqua avec tant de clarté, que Carl, émerveillé, n'y trouva plus la moindre difficulté.

A dater de ce jour, dame Bauer eut plus de considération pour son pensionnaire, et Marcel se prit d'affection pour son petit camarade.