« Ces saucisses à la choucroute étaient délicieuses, n'est-ce pas ? fit remarquer Herr Schultze, que les millions de la Bégum n'avaient pas lassé de son mets favori.
-- Délicieuses », répondit Marcel, qui en mangeait héroïquement tous les soirs, quoiqu'il eût fini par avoir ce plat en horreur.
Les révoltes de son estomac achevèrent de le décider à tenter l'épreuve qu'il méditait.
« Je me demande même, comment les peuples qui n'ont ni saucisses, ni choucroute, ni bière, peuvent tolérer l'existence ! reprit Herr Schultze avec un soupir.
-- La vie doit être pour eux un long supplice, répondit Marcel. Ce sera véritablement faire preuve d'humanité que de les réunir au Vaterland.
-Eh ! eh !... cela viendra... cela viendra ! s'écria le Roi de l'Acier. Nous voici déjà installés au coeur de l'Amérique. Laissez-nous prendre une île ou deux aux environs du Japon, et vous verrez quelles enjambées nous saurons faire autour du globe ! »
Le valet de pied avait apporté les pipes. Herr Schultze bourra la sienne et l'alluma. Marcel avait choisi avec préméditation ce moment quotidien de complète béatitude.
« Je dois dire, ajouta-t-il après un instant de silence, que je ne crois pas beaucoup à cette conquête !
-- Quelle conquête ? demanda Herr Schultze, qui n'était déjà plus au sujet de la conversation.
-- La conquête du monde par les Allemands. »