-- Mon cher, répondit Herr Schultze, décidément vous ne serez jamais logique. Ceci me fait moins regretter que vous deviez mourir jeune. »
Marcel, sur ces derniers mots, s'était levé.
« Comment n'avez-vous pas compris, ajouta froidement Herr Schultze, que je ne parle jamais de mes projets que devant ceux qui ne pourront plus les redire ? »
Le timbre résonna. Arminius et Sigimer, deux géants, apparurent à la porte de la salle.
« Vous avez voulu connaître mon secret, dit Herr Schultze, vous le connaissez !... Il ne vous reste plus qu'à mourir. »
Marcel ne répondit pas.
« Vous êtes trop intelligent, reprit Herr Schultze, pour supposer que je puisse vous laisser vivre, maintenant que vous savez à quoi vous en tenir sur mes projets. Ce serait une légèreté impardonnable, ce serait illogique. La grandeur de mon but me défend d'en compromettre le succès pour une considération d'une valeur relative aussi minime que la vie d'un homme, -- même d'un homme tel que vous, mon cher, dont j'estime tout particulièrement la bonne organisation cérébrale. Aussi, je regrette véritablement qu'un petit mouvement d'amour-propre m'ait entraîné trop loin et me mette à présent dans la nécessité de vous supprimer. Mais, vous devez le comprendre, en face des intérêts auxquels je me suis consacré, il n'y a plus de question de sentiment. Je puis bien vous le dire, c'est d'avoir pénétré mon secret que votre prédécesseur Sohne est mort, et non pas par l'explosion d'un sachet de dynamite !... La règle est absolue, il faut qu'elle soit inflexible ! Je n'y puis rien changer. »
Marcel regardait Herr Schultze. Il comprit, au son de sa voix, à l'entêtement bestial de cette tête chauve, qu'il était perdu. Aussi ne se donna-t-il même pas la peine de protester.
« Quand mourrai-je et de quelle mort ? demanda-t-il.
-- Ne vous inquiétez pas de ce détail, répondit tranquillement Herr Schultze. Vous mourrez, mais la souffrance vous sera épargnée. Un matin, vous ne vous réveillerez pas. Voilà tout. »