Selon son habitude, l'ancien élève de l'Ecole centrale s'était correctement posé le problème en mathématicien.

« Soit un homme gardé à vue par des gaillards sans scrupules, individuellement plus forts que lui, et de plus armés jusque aux dents. Il s'agit d'abord, pour cet homme, d'échapper à la vigilance de ses argousins. Ce premier point acquis il lui reste à sortir d'une place forte dont tous les abords sont rigoureusement surveillés... »

Cent fois, Marcel rumina cette double question et cent fois il se buta à une impossibilité.

Enfin, l'extrême gravité de la situation donna-t-elle à ses facultés d invention le coup de fouet suprême ? Le hasard décida-t-il seul de la trouvaille ? Ce serait difficile à dire.

Toujours est-il que, le lendemain, pendant que Marcel se promenait dans le parc, ses yeux s'arrêtèrent, au bord d'un parterre, sur un arbuste dont l'aspect le frappa.

C'était une plante de triste mine, herbacée, à feuilles alternes, ovales, aiguës et géminées, avec de grandes fleurs rouges en forme de clochettes monopétales et soutenues par un pédoncule axillaire.

Marcel, qui n'avait jamais fait de botanique qu'en amateur, crut pourtant reconnaître dans cet arbuste la physionomie caractéristique de la famille des solanacées. A tout hasard, il en cueillit une petite feuille et la mâcha légèrement en poursuivant sa promenade.

Il ne s'était pas trompé. Un alourdissement de tous ses membres, accompagné d'un commencement de nausées 1'avertit bientôt qu'il avait sous la main un laboratoire naturel de belladone, c'est-à-dire du plus actif des narcotiques.

Toujours flânant, il arriva jusqu'au petit lac artificiel qui s'étendait vers le sud du parc pour aller alimenter, à l'une de ses extrémités, une cascade assez servilement copiée sur celle du bois de Boulogne.

« Où donc se dégage l'eau de cette cascade ? » se demanda Marcel.